L'histoire des premiers camisards

Notre regard sur cette guerre

 

Tout événement peut être perçu et relaté de plusieurs manières. Cette lapalissade vaut pour tout événement ou toute série d'événements. Au bénéfice de cette pluralité de regards et de perceptions possibles, nous pensons pouvoir reconnaître deux temps marquants dans la Guerre des Camisards.

 

Un premier temps, de modeste envergure, qui se déroule exclusivement dans les Hautes Cévennes, à partir du massif du Bougès. Ces événements couvrent seulement quelques jours. Ils se déroulent dans un périmètre restreint. Il n'empêche que ces escarmouches, symboliquement et emblématiquement, vont prendre une place disproportionnée par rapport aux faits eux-mêmes. La mémoire est souvent capricieuse, voire injuste, qu'il s'agisse d'une mémoire collective ou individuelle.

 

Le second temps de la Guerre des Camisards sera autrement plus important en durée (2 ans), en nombre de combattants et en importance des combats. Pour autant, il marquera moins dans les mémoires que le début de la révolte: l'affaire dite du Pont de Montvert. Nous avons donc pris le parti de distinguer ces deux temps dans la Guerre des Camisards et de nous consacrer essentiellement au premier.

 

Ce choix a une double détermination. D'abord, ne pas vouloir tout relater ou tout embrasser. Nous n'avons pas vocation d'encyclopédistes. En effet, nous voulons nous limiter au début de cette guerre, celle qui concerne notre histoire locale, de surcroît la partie la plus emblématique de ce conflit. C'est là que les premiers événements de ce qui va devenir une Guerre vont se dérouler et c'est là qu'apparaissent les chefs camisards de ces débuts.

 

Tout s'enclenche sur et autour du Bougès

 

Une trentaine d'années se passent entre le début des persécutions actives contre les protestants et le déclenchement de la Guerre des Camisards: années d'humiliations, de souffrances et de persécutions.

 

Nous sommes en 1702. La goutte d'eau qui va faire déborder le vase, ce sont les prisonniers que l'abbé du Chayla détient et questionne au Pont de Monvert, en attendant leurs destinations ultérieures: exécution probable de leur guide Pierre Massip, prison et galère pour les autres.

 

Le 22 juillet, à la foire de la Magdelaine à Barre des Cévennes où beaucoup se retrouvent, un fort courant de mécontentement se manifeste contre l'abbé du Chayla.

 

Le même soir, une assemblée clandestine se tient entre le Bosc et St Julien d'Arpaon.

 

On parle des prisonniers, mais rien ne s'y décide.

 

C'est le même soir, qu'un groupe restreint, les principaux protagonistes de ces événements, se retrouve à Vieljouves (au dessus du Rouve). Là, Abraham Mazel reçoit une inspiration de Dieu. Il déclare: « L'Esprit vint sur moi d'une manière si terrible que les agitations qu'il causa dans tout mon corps portaient la crainte et la frayeur chez ceux qui me regardaient ». Dieu lui prescrit alors de rassembler des frères et d'aller libérer les prisonniers du Pont de Montvert. On notera qu'à de rares exceptions près les camisards n'agissent que sur révélation divine.

 

Le dimanche 23 juillet sera employé à mobiliser ceux qui iront libérer les prisonniers.

 

Le 24 juillet, tous se retrouvent au sommet du Bougès au lieu dit « les treis Faus » ou les trois fayards. Ils sont une cinquantaine avec quelques fusils, des haches et des faux.

 

Le même soir, vers dix heures, ils entrent dans le Pont de Montvert en chantant un psaume. Ils demandent la libération des prisonniers. C'est la seule revendication. Ne l'obtenant pas, ils les libèreront par la force. L'abbé du Chayla trouvera alors la mort. La Guerre des Camisards commence.

 

On notera les trois moments forts de cette épopée :

 

A Vieljouves, au dessus du Rouve, à l'occasion d'une assemblée restreinte, Abraham Mazel reçoit de Dieu l'ordre de délivrer les prisonniers du Pont de Montvert.

 

Aux Trois Fayards, au sommet du Bougès, se trouve le rendez-vous de ceux qui ont mission de libérer les prisonniers.

 

L'événement inaugural de la Guerre se déroule au Pont de Montvert.

 

Les trois lieux qui inaugurent la Guerre des Camisards se passent sur le Bougès ou à ses pieds (Pont de Montvert).

 

Les premiers camisards sont tous originaires du Bougès

 

Les six premiers chefs camisards, certes pas les plus prestigieux, mais les premiers sont originaires du Bougès.

 

Abraham Mazel, le plus remarqué de cette période, est originaire de Falguières, près de St Jean du Gard. Sa maison natale est aujourd'hui un Centre de Recherches consacré aux résistants et aux victimes du monde moderne. Mais sa mère vient des environs de Grizac, sur le versant nord du Bougès.

 

Les Couderc sont de Vieljouves et de La Roche, deux hameaux au dessus du Rouve. Ce sont Salomon, son frère David, prédicant, arrêté et incarcéré par l'abbé du Chayla, son cousin Jacques.

 

Esprit Séguier du Majestavols, commune de Cassagnas.

 

David Mazauric du Mijavols, commune de St Julien d'Arpaon.

 

Jean Rampon du Pont de  Montvert.

 

Parlant du Bougès, Antoine Court écrira: « C'est dans ces quartiers que parurent les premiers Mécontents ».

 

Et Robert Poujol, parlant de ces premiers chefs camisards: « Si l'on trace un cercle autour du sommet du Bougès, on s'aperçoit qu'ils sont domiciliés dans un rayon de moins de six kilomètres autour de ce sommet ».

 

En résumé, le début de la Guerre des Camisards en est bien aujourd'hui la partie la plus emblématique. Le début de ce conflit se circonscrit bien autour du massif du Bougès tant par les événements qui le composent, que par ceux qui en sont les principaux acteurs.

 

L'histoire du début de cette guerre coïncide essentiellement avec un secteur géographique bien précis à qui nous voulons restituer toute la noblesse de son passé et que nous souhaiterions rendre à la conscience des cévenols d'aujourd'hui.



Réagir