Le projet de lieu de mémoire

Nos motivations

 

Nos motivations sont au nombre de quatre :

 

a) Raviver la mémoire de l'une des principales pages du passé de cette région.

 

Pour les cévenols, cette démarche n'est pas un luxe. Pierre-Jean Ruff, se rendant au Conseil Municipal de la commune de St André de Lancize pour présenter ce projet, a réalisé avec tristesse qu'auprès de certains cévenols de souche, le mot Camisard n'évoquait rien de bien clair et peu d'intérêt.

 

Pour les passants, faire en sorte justement qu'ils ne soient pas seulement des passants, mais qu'au-delà des paysages cévenols, ils découvrent une histoire interpellante pour tous (on pourra en dire de même en d'autres lieux pour l'épopée et l'héritage spirituel des cathares ou, en Corse, pour Pascal Paoli, le père de la patrie Corse, mais aussi l'auteur de la première constitution existant dans le monde).

 

b) Rappeler une page des valeurs universelles et de la résistance aux idéologies totalitaires, dans un souci humaniste et culturel. L'histoire universelle compte des séquences fortes dont la portée interpellatrice s'adresse à tous, par-delà les clivages des sensibilités et des cultures. Nous pensons que l'épopée camisarde s'inscrit dans cette liste. À ce sujet, rappellons que cette guerre comporte notamment l'exception de ne briguer aucun avantage politique ou temporel. Sa seule revendication a été la liberté de culte et de conscience.

 

c) Faire connaître notre région, notamment par la création et l'animation de sentiers de randonnées camisards et par la visite de sites significatifs (cela a déjà été développé plus haut).

 

d) Viser un public large. Notre objectif est pédagogique et éthique. Nous souhaitons bien informer et interpeller. Nous ne nous adressons pas à des spécialistes voulant approfondir une page d'histoire. Ceux-ci iront le faire ailleurs. Nous serions ravis si certains, qui viennent en ce lieu de mémoire, en repartent avec le désir d'approfondir cette modeste

base de données.

 

e) Ce que nous ne voulons pas être:

 

Nous ne serons pas d'abord un lieu d'information sur le protestantisme, ses églises et leur histoire. Il y a d'autres lieux pour cela, dont tout particulièrement le Musée du Désert http://www.museedudesert.com/article5684.html.

 

Évidemment, si des questions sont posées sur le protestantisme passé ou présent, nous y répondrons. Mais ce ne sera pas pour nous une priorité.

 

En premier lieu, pour nous, le protestantisme est la toile de fond de cette histoire et non son centre.

 

En second lieu, nous croyons davantage à un enseignement qui attende les questions pour y répondre, qu'à une pratique qui consisterait à déverser des connaissances non sollicitées.

 

La localisation de ce projet

 

a) Le temple du Rouve

 

Cette localisation se situe près du Col de Jalcreste, au Rouve-Bas, commune de St André de Lancize et de façon plus précise dans le temple de ce village.

 

Désaffecté depuis trente ans, ce temple est l'un des rares temples de Lozère à ce jour non restauré. En le restaurant, avec une affectation précise à la clé, il y a là une action de sauvegarde du patrimoine immobilier. Ce local est propriété de la commune. Volontiers, le Conseil Municipal de St André de Lancize le cède pour y faire ce lieu de mémoire. Si la Voie Verte Florac-Jalcreste se réalise, ce lieu de mémoire en serait un centre d'intérêt dominant.

 

Avec une telle localisation de notre projet, l'intention de sauvegarde du patrimoine rejoint la perspective historique. Nous avons déjà développé que les premiers événements constitutifs de cette Guerre des Camisards se déroulent sur le massif du Bougès et que les premiers instigateurs de cette rébellion en sont originaires.

 

Or, le Rouve et son temple sont sur le contrefort du Bougès et les événements dominants de cette histoire comme la majorité de ses instigateurs concernent les hameaux au-dessus du Rouve.

 

Nous avons donc bien des raisons fondamentales d'établir là ce lieu de mémoire.

 

b) Raisons historiques expliquant en partie l'importance camisarde de cette zone

 

Les communes du versant sud du Bougès

 

Ces communes sont toutes des bouts-du-monde. St Andéol de Clerguemort, St Frézal de Ventalon, St Privat de Vallongue, Le Rouve (commune de St André de Lancize), Cassagnas et St Julien d'Arpaon.

 

Les trois premières de ces communes sont sur le versant méditerranéen. Le climat et la végétation s'y retrouvent. Les trois suivantes sont au delà de la ligne de partage des eaux. De ce fait, elles ont un autre visage.

 

Pourtant, ces six communes ont en commun des hameaux perdus (le terme a toute sa valeur) dans la montagne. Si l'on ajoute à cela ce que devaient être au 18° siècle les chemins y accédant, on comprend l'impossibilité pour les troupes de Louis XIV de quadriller et surveiller toute cette région. Il y a là, a priori, des lieux bénis pour la résistance. Et ils n'ont pas failli à leur réputation !

 

La commune de St André de Lancize et le secteur du Rouve

 

Commune hors du commun, St André de Lancize est constitué de deux centres: St André et le Rouve, avec un no man's land de huit kilomètres entre eux, et toute une série de hameaux autour de chacun de ces pôles.

 

L'église, comme dans toute commune, est alors au chef-lieu: St-André de Lancize. Des hameaux dépendants du Rouve: Rabiers, les Oules, Vieljouves, Vieljeuf, la Roche, le Pied de la Terre ou le Masmin, il y a entre dix et treize kilomètres pour se rendre à la messe. Le double, aller-retour. L'obligation de pratiquer pouvait difficilement être imposée avec rigueur. Comme par hasard, ce sont dans ces hameaux-là que la résistance s'est le mieux organisée.

 

Toutes ces raisons plaident pour une implantation spécialement justifiée au Rouve.

 

c) L'équipe d'animation de notre projet

 

Indépendamment des raisons patrimoniales et historiques d'une implantation de notre projet au Rouve, il y a aussi un concours de circonstances actuel. Il concerne l'équipe d'animation qui porte ce projet.

 

Conjecturalement, nous avons-là une équipe d'animation de qualité. La moitié habite sur place toute l'année. Les autres y ont des attaches ou habitent en Lozère. Une bonne équipe d'animation dans un si petit village, c'est presque insolite. En tout cas, il y a là à nos yeux une raison prioritaire de croire à la réussite de ce projet, une bonne équipe d'animation étant pour nous le plus important pour toute réalisation.

 

Les publics visés

 

On ne tient pas le même langage selon son ou ses interlocuteurs. Nous ne visons donc pas en priorité des érudits déjà au courant de beaucoup de choses sur les camisards. Ceux-ci trouveront toujours les lieux et les modalités pour satisfaire leur soif de connaissances. Nous pourrons peut-être même les aiguiller vers d'autres lieux qui les satisferont davantage. De toute façon, ces érudits seront une petite minorité de ceux qui viendront nous voir.

 

Nous partons du principe que, comme ailleurs, la majorité de ceux qui visitent des sites particuliers sur leur route de vacances ont des connaissances parcellaires ou nulles sur ce qu'ils viennent voir. Il nous revient donc autant de créer l'envie de connaître que de satisfaire une soif de connaissances. La manière de communiquer sera autant notre préoccupation que la matière communiquée. Les deux seront étroitement associées.

 

La vente d'ouvrages simples sur la question ainsi que l'offre du DVD de notre montage audiovisuel seront des baromètres utiles de l'écoute de notre message. Non que la vente soit en elle même un objectif pour nous, mais elle sera l'indice de l'amorce d'intérêt que la visite du musée aura suscitée.

 

Nos présupposés pédagogiques

 

Nous avons déjà évoqué les faits marquants du début de cette Guerre des Camisards dans les Hautes Cévennes. Nous n'y reviendrons pas. Par contre, nous souhaitons justifier la méthode choisie pour présenter cette histoire.

 

Partant du principe que nous nous adressons en priorité à des personnes qui savent peu ou rien de ce passé et que l'histoire ne passionne pas forcement, volontairement nous avons opté pour une présentation claire et simple, évoquant seulement les grands axes de cette histoire, les faits qui marquent l'imagination, plutôt que de fournir une accumulation de faits historiques.

 

Ainsi, à propos du début de cette guerre des camisards dans les Hautes Cévennes, dans le montage audio-visuel, nous avons retenu seulement l'affaire du Pont de Montvert (libération des prisonniers, meurtre de l'abbé du Chayla), le courage exceptionnel d'Esprit Séguier lors de son jugement et de son exécution (même si l'on n'a pas une certitude absolue de la véracité des faits ), et le rasement des Cévennes que, non sans peine, Lamoignon de Baville et le Maréchal de Montrevel obtiennent de Versailles.

 

Nous ne visons pas que ceux qui viennent repartent avec beaucoup de connaissances sur les événements cernés. Nous voulons surtout leur ouvrir l'appétit, leur montrant quelques balises fondamentales ou incontournables, sans vouloir remplir l'espace entre ces balises. L'important c'est le sens: en quoi ce conflit en appelle-t-il à la conscience universelle et en quoi il nous relie à beaucoup d'autres situations de tous les temps?

 

La trame voulue est nettement en ce sens. Pour autant, elle ne néglige nullement la véracité historique puisque le montage audio-visuel a été revu par plusieurs historiens spécialistes des camisards (Henry Mouysset et Pierre Rolland, Patrick Cabanel sollicité n'a pas eu la disponibilité pour s'y associer) qui ont aussi déterminé les documents choisis pour le public.

 

Donc, chaque assertion et chaque mot ont été évalués, parfois pesés et discutés  avant d’être tenus et retenus.

 

Activités associées à la création de ce lieu de mémoire

 

Il importe pour nous que ce lieu de mémoire voie le jour. Pour autant, nous souhaitons qu'il soit non seulement un lieu où l'on reçoive des informations, mais aussi un lieu qui sollicite la participation active de ceux qui y viendront, scolaires et autres.

 

Pour ce faire, à ce jour, nous sommes assez engagés à créer et animer des sentiers de randonnées camisards, notamment autour de ces lieux déjà cités du début de cette guerre: Vieljouves (berceau de la tribu Couderc et lieu de la révélation à Abraham Mazel de son devoir d'aller libérer les prisonniers du Pont de Montvert), La Roche (lieu d'origine de Jacques Couderc et lieu où l'abbé du Chayla arrêta le prédicant David Couderc) et «les Trois Faus» (lieu de ralliement de tous ceux qui se rendirent au Pont de Montvert pour délivrer les prisonniers).

 

D'autres perspectives participatives sont aussi envisagées aujourd'hui.

 

a) Les Sentiers Camisards

 

Dès l'élaboration du projet du musée, cette création participative nous a mobilisés. Comment évoquer des lieux décisifs si proches, sans inviter à les découvrir?

 

Très vite, nous avons su que la Commission Culture du Parc National des Cévennes http://www.cevennes-parcnational.fr/ avait le souci de valoriser cet aspect de notre patrimoine historique, comme de fédérer les trois ou quatre personnes qui s’en préoccupaient.

 

Sans hésitation et sans réserve, nous nous sommes associés à ce projet, notamment en participant à plusieurs rencontres qui lui étaient consacrées, sous la conduite de Madame Odile Rival, responsable de l'écomusée du Pont de Montvert. Ce projet est à ce jour assez avancé. Il stipule, entre autres, que la Commission du Parc sera entièrement responsable du balisage et de l'installation de panneaux explicatifs de ces différents sentiers. Les visites organisées seront aussi entièrement sous sa responsabilité, avec des animateurs qualifiés.

 

Nous sommes favorables sans réserve à cette perspective, heureux que le Parc ait en main la mise en place de ces circuits, leur gestion et leur animation.

 

b) Autres perspectives participatives

 

Nous sommes tout à fait conscients qu'un projet comme le nôtre doit offrir aux visiteurs, scolaires et autres, la possibilité, sur place, de faire des recherches internet et peut-être de s'impliquer autrement. Ce souci est le nôtre, même si, à nos yeux, il se greffera ultérieurement à notre réalisation. Une équipe d'animation, si performante soit-elle, ne peut pas tout entreprendre et tout gérer en simultanéité.

 



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